Dividendes France-Suisse : guide complet de leur imposition
Dividendes France-Suisse : guide complet de leur imposition | Helvaé Fiscalité · Convention franco-suisse · Dividendes Dividendes France-Suisse : guide complet de leur imposition pour toutes les situations Par Cléo Salard· Expert-comptable· Cabinet Helvaé· Lyon — Martigny· Juillet 2026 ⏱ ~12 min de lecture Vous détenez une participation dans une société de l’autre côté de la frontière et vous vous apprêtez à distribuer — ou recevoir — des dividendes ? C’est l’une des questions les plus fréquentes posées au cabinet Helvaé, et l’une des plus mal comprises. La convention fiscale franco-suisse, l’impôt anticipé suisse, le régime mère-fille français, la flat tax, la réduction pour participations suisse : autant de mécanismes qui coexistent et qui, bien maîtrisés, peuvent réduire très significativement la charge fiscale. Ce guide couvre les quatre grandes configurations, en expliquant pour chacune le mécanisme fiscal applicable, les démarches à effectuer et un exemple chiffré concret. Il est rédigé pour être compris sans formation juridique préalable, tout en s’appuyant sur les textes de loi en vigueur. Sommaire Le cadre commun : la convention franco-suisse et l’impôt anticipé Société suisse → Société française Société française → Société suisse Société suisse → Personne physique française Société française → Personne physique suisse Questions fréquentes I. Le cadre commun : la convention franco-suisse et l’impôt anticipé Avant d’aller situation par situation, deux mécanismes se retrouvent dans tous les flux de dividendes franco-suisses. Les comprendre une seule fois permet de lire le reste du guide très facilement. 1.1 La convention franco-suisse du 9 septembre 1966 La France et la Suisse ont conclu en 1966 une convention pour éviter que les dividendes versés entre les deux pays soient imposés deux fois — une fois à la source, une fois à la résidence du bénéficiaire. Cette convention a été plusieurs fois amendée, la dernière modification étant l’avenant du 27 juin 2023, entré en vigueur le 24 juillet 2025 et applicable à partir du 1er janvier 2026. Son article 11 pose les règles sur les dividendes. Le pays où est installée la société distributrice peut prélever une retenue à la source, mais plafonnée : La règle de l’article 11 de la convention franco-suisse → 0 % de retenue à la source si le bénéficiaire est une société qui détient ≥ 10 % du capital de la société distributrice → 15 % de retenue à la source dans tous les autres cas Ces taux sont des plafonds. Si le taux de droit commun interne est plus bas, c’est ce dernier qui s’applique (ex. : pour les personnes physiques recevant un dividende français, c’est 12,8 % — inférieur à 15 %). 1.2 L’impôt anticipé suisse (Verrechnungssteuer) Quand une société suisse distribue un dividende — à n’importe qui, résident ou non — la Suisse prélève automatiquement un impôt anticipé de 35 % sur le montant brut (LIA, art. 13 al. 1 lit. a). Le bénéficiaire ne reçoit donc que 65 % du dividende brut dans un premier temps. Ce prélèvement de 35 % n’est pas définitif : il est remboursable aux bénéficiaires qui remplissent les conditions de la convention franco-suisse. La procédure dépend du type de bénéficiaire : Formulaire 83 (AFC) pour les personnes physiques résidentes à l’étranger → remboursement de 20 % (de 35 % à 15 %) Formulaire 86 (AFC) pour les sociétés mères détenant ≥ 10 % → remboursement de 35 % (taux réduit à 0 %) Important : ce délai de remboursement est de 3 ans à compter de la fin de l’année civile au cours de laquelle l’impôt anticipé a été prélevé (art. 32 LIA). Passé ce délai, le remboursement est refusé définitivement. II. Société suisse → Société française C’est la situation d’une entreprise française qui détient des parts dans une filiale ou une participation suisse, et qui reçoit des dividendes de celle-ci. 2.1 Schéma du mécanisme DIVIDENDE · SOCIÉTÉ SUISSE → SOCIÉTÉ FRANÇAISE ① Suisse — Distribution du dividende brut : 100 CHF Impôt anticipé (art. 13 LIA) : 35 % retenu → Net versé à la société FR : 65 CHF ▼ Demande de remboursement AFC ▼ ② Convention franco-suisse (art. 11) Détention ≥ 10 % : Formulaire 86 → remboursement 35 % → RAS nette : 0 % Détention 5–9,99 % : Formulaire 83 → remboursement 20 % → RAS nette : 15 % ▼ Intégration dans le résultat de la société française ▼ ③ France — Régime mère-fille (CGI art. 145 et 216) Conditions : ≥ 5 % du capital + conservation ≥ 2 ans + IS au taux normal Dividende exonéré à 95 %. Quote-part frais (5 %) × 25 % IS = 1,25 % du brut Charge fiscale effective ≥ 10 % + ≥ 2 ans → RAS 0 % + IS 1,25 % ≈ 1,25 % du brut 5–9,99 % + ≥ 2 ans → RAS 15 % + IS 1,25 % ≈ 16,25 % du brut 2.2 Le mécanisme expliqué Quand la société française détient ≥ 10 % du capital de la société suisse depuis au moins deux ans, deux mécanismes se combinent pour rendre la fiscalité presque nulle. Côté Suisse : la convention (art. 11, §2, lit. b-i) exonère totalement la retenue à la source. La société française récupère l’intégralité des 35 % d’impôt anticipé via le formulaire 86. Côté France : le régime des sociétés mères et filiales (CGI art. 145 et 216) permet à la société française de déduire les dividendes reçus de son résultat imposable, à l’exception d’une quote-part forfaitaire de frais et charges de 5 %. Seuls ces 5 % sont soumis à l’IS au taux de 25 %, soit 1,25 % du dividende brut. Ce régime s’applique quelle que soit la localisation de la filiale — y compris en Suisse. 2.3 Démarches à effectuer En Suisse — Récupérer l’impôt anticipé Déposer le formulaire 86 (AFC — Administration fédérale des contributions) avec : preuve de résidence fiscale française, relevé de participation, PV de distribution. Délai : 3 ans à compter de fin de l’année de prélèvement. La société suisse verse à la société française le net de 65 CHF. L’AFC rembourse directement 35 CHF. La RAS nette est 0. En France — Appliquer le régime mère-fille Remplir la liasse fiscale 2058-A-SD (CERFA 10951/15949) : réintégrer la quote-part de frais et charges de 5 % sur la ligne XA en diminution des produits de participation. Conserver les justificatifs : titre de participation, date d’acquisition, pourcentage de détention, PV de distribution. Durée minimale de conservation : 2 ans (art. 145 CGI) — la clause anti-abus depuis 2016 exige que le montage repose sur une réalité économique. 💡 Exemple — La SAS Alpine Invest reçoit un dividende de sa filiale suisse
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